Suc sovaz

PHOTOGRAPHIE

LES LANTERNES SOURDES / LANTERNS 1998-2004

(extraits)

 

SUC SOVAZ Une enquête photographique sur le patrimoine sucrier de l'île de La Réunion 1998-2003,

Lorsque l'on entre pour la première fois dans une usine sucrière en activité, la nuit de surcroît, on est frappé par l'atmosphère à la fois suave et inhospitalière du lieu.
À l'intérieur de l'usine, l'activité est intense, le vrombissement permanent de la machine n'étouffe pas les diverses évacuations tonitruantes de gaz et d'eau à haute température.
Le labyrinthe métallique vibre au rythme infernal imposé par l'homme, dont la présence paradoxalement semble être déplacée... Yo-Yo Gonthier

(extrait)
Les lanternes sourdes
Editions Trans photographic press, 2004.

SUC SOVAZ A photographic investigation on Réunion Island’s sugar trade, 1998-2003

The first time you go into a sugar factory, particularly during the overnight shift, your first impression is of a strike cloyingly sweet yet hostile environment.
Inside the factory is a hive of activity, the permanent hum of machinery competing with the thundering roar of jets of gas and scalding water.
The metal labyrinth vibrates to the infernal rhythm imposed by man whose presence nonetheless seems strangely unwelcome...

(extracts)
Les lanternes sourdes  (Lanterns)
Trans photographic press, 2004.

 

« Sourdes, ces lanternes se font veilleuses pour les aveugles que nous sommes, pour les étourdis qui les confondent avec les vessies de l'agitation productiviste, pour les embarqués du Grand manège où tourne le capital à la poursuite de lui-même. Paradoxe, que cette photographie ancrée dans la réalité du monde mais libérée de sa prolifération contraignante, de l'injonction de fidélité attachée à toute démarche documentaire. Ici, 1e photographe ne taille pas dans le continuum de la réalité visible. Nul besoin d'élaguer le superflu déjà absorbé par la nuit. Pas de hors champ. Son geste est proche de celui du peintre devant la toile vierge, de l'écrivain face à la page blanche : de l'écran noir de la nuit surgissent des formes qu'il modèle, sculpte au gré de sa lampe-pinceau pour faire émerger le sujet dans sa pureté. À l'attitude soustractive du reporter, il substitue 1e geste constructeur du dessinateur. Nulle hiérarchie entre ces deux positions. Simplement deux dispositions d'esprit, deux types de création, de ré-création du monde.

Une récréation née un jour d'un dessin automatique sur un carnet de croquis. On y voit une barque dans la nuit, dressée sur ses tins ; au-dessus, des fils sont tendus où, accrochées, comme du linge, quelques étoiles brillent. Des annotations, encadrent ce dessin, comme autant de préceptes destinés à accompagner
1e voyageur dans son parcours d'images : « Ne pas prendre de raccourcis », « Ne pas trop nourrir 1a tête, sous peine de déséquilibre », « Ne jamais perdre de vue les étoiles de survie. Danger de mort ».

De ces étoiles-lanternes séchant avant 1e départ, un monde est sorti. Ce n'est pas 1e premier : d'autres, très anciens, peuplés de créatures fossilisées, l'ont précédé. Yo-Yo Gonthier est aussi démiurge. Mais, homme discret et posé, artiste méditatif, il ne s'en vante pas. »

Extrait du texte de Jean-Christian Fleury
Les lanternes sourdes
Éditions Trans photographic press, 2004.
http://www.transphotographic.com


“Silently, the dark lanterns shed light on the unseeing, on the misguided fools who take them for beacons of our frenzied quest for productivity, on those who ride the great capitalist merry-go-round in eternal pursuit of profit. The curious paradox of this photography so firmly rooted in reality is how free it is from the increasingly common injunction that documentary should limit itself to a faithful reproduction. The photographer does not reach beyond the limits of visible reality. There is no need to prune back what is superfluous as it is already absorbed by the dark of the night. No off-camera here. His approach is similar to that of the painter facing a blank canvas, the writer before the empty page: armed with his torch-paintbrush he sculpts the shapes that emerge from the dark screen that is night, drawing out the subject matter in all its purity. He replaces the analytical approach of the reporter with the synthetic approach of the painter. Both are equally valid: they are simply two different psychologies, two ways of creating or recreating the world.”

Extract from an article by Jean-Christian Fleury
Les lanternes sourdes
Éditions Trans photographic press, 2004.
http://www.transphotographic.com