LES VIVANTS # 1

16 mars - mai 2019,  Ghost park - Les vivants #1 
Exposition personnelle, Chapelle Saint-Jacques Centre d'art contemporain, Saint Gaudens, France

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Chère Valérie,

Tu as raison, je guette les apparitions, celles qui font signe et qui aident à vivre. Les Pyrénées à l’horizon, c’est toute l’histoire de la région qui me traverse, me nourrit.

Celle, archaïque, qui me relie aux mythes et aux légendes qu’on me racontait enfant, aux abords du Sahara, là où je suis né,  et aussi celle plus récente qui raconte ceux qui fuient et qui luttent, et qui toujours cheminent.

J’ai eu plusieurs vies et plusieurs morts. Je n’ai fais que regarder, rencontrer, aimer, construire, cheminer.

Rien n’est immuable, seule la lumière demeure. Il me fallait saisir cela.

Mais comment saisir l’essence de notre vitalité ? L’état de conscience d’être vivant.

C’est par le contrepoint  et le clair-obscur que je mets en place cette investigation en questionnant la figure du fantôme, du revenant, à la frontière entre le vivant et le mort, entre l’imaginaire et le réel. C’est un prétexte.

La pratique du skateboard m’a enseigné l’humilité face à l’hypothèse de la chute. C’est cette fin possible, comme une mort, qui donne l’intensité du geste et procure ce relâchement extatique lorsque le geste est accompli. Un skateur n’abandonne jamais. Depuis toujours, le mot d’ordre partagé par tous est : Sk8 or die (skate ou meurs).

Le skate Park de Saint-Gaudens, comme tous les autres est une antithèse de ce qu’est la philosophie libertaire prônée par les pionniers de la discipline. Ces espaces clos sont nés pour préserver les centres villes des nuisances causées par ces enfants trop agités pour être maintenus assis, contraints dans un système toujours plus formaté et normé.  Les skateurs sont des explorateurs disciplinés et concentrés. Le but est de cheminer en surpassant tous les obstacles, avec fougue et style. Il n’y a pas plus grand plaisir que celui de traverser une ville, sans heurt ni troubles, en étant nombreux, fluides, fiévreux et invincibles.

Alors oui le décor est planté, et les figures imposées, mais l’énergie collective poussent à l’émancipation et on ne sait pas jusqu’où vont aller les acteurs ni combien de temps ils vont tenté d’être vivants. Et c’est  bien, in fine, de cela dont il s’agit, l’accomplissement d’un geste aussi infime soit il, comme dans le théâtre de Peter Brook, la manifestation dans le vide de l’être humain.

Yo-Yo Gonthier, décembre 2018, correspondance avec Valerie Mazoin, directrice de  La chapelle Saint-Jacques, centre d'art contemporain.